Ma colocataire...

 

Cela faisait des années qu'on cohabitait et qu'on ne se quittait jamais.

 

A tous moments, nous étions ensembles et pourtant je ne la supportais plus.

A chaque instant je pensais à supprimer cette colocataire trop envahissante. Je ne voulais plus subir ces coups en douce, ces pics insupportables, ces moments sans fin où je savais qu'elle était là, mais sans savoir à quel moment son attaque allait arriver.

Il y a des colocataires bien plus compréhensifs et avec lesquels on peut discuter, mais elle, elle était sans concession. Et tout abus de ma part se faisait chèrement payer ensuite... Plusieurs fois, j'avais tenté de faire comme si je vivais seule, sans attaches et sans conséquences... La riposte n'en était que plus rude et plus amère.

Contrairement à ce qu'on pense, cette colocataire est dévastatrice même chez la famille et les voisins. Elle vient toujours sans jamais être invitée, elle refuse de partir quand on lui demande poliment, elle arrive toujours par surprise et me prend bien trop souvent au dépourvu.
Car oui, cette colocataire impose son rythme de vie; impossible de prévoir les choses à l'avance; il faut toujours avoir de quoi la recevoir à tout moment. Et malheureusement c'est ce qu'il me manquait : de l'organisation! Elle ne souffre aucun changement d'habitude, aucune modification si minime soit'elle de l'emploi du temps qu'elle a prévu.Alors je fais mine de l'ignorer, espérant qu'elle se lassera de cette colocation forcée, je m'autorise des bouffées d'oxygène seule, même si je sais qu'elle m'attend à la sortie, sournoise, perfide, impatiente...


Ma colocataire, je veux la mettre à la porte lui signifier son expulsion, appeler les gendarmes et la virer manu-militari... Ah quel doux rêve que celui de se lever seule, de profiter de chaque minute dans la journée dans l'insouciance, de faire ce que j'ai envie sans avoir à penser à ma coloc! Quel sentiment de liberté retrouvé cela doit'il être! Et pourtant, il n'en est rien...


Ma colocataire est connue différemment par quasiment tout le monde, parfois elle s'invite quelques heures, quelques jours, quelques années; elle repart et ne reviens que de temps en temps, une colocataire chronique en quelque sorte... Ou alors elle s'installe pour longtemps, sans donner de date de fin de bail, sans payer ses charges, en vidant toute l'eau chaude ne faisant jamais le ménage ou la vaisselle, elle s'installe telle un parasite , un boulet à traîner partout derrière soit...


Elle est toujours là, elle prend beaucoup de place, de plus en plus j'ai l'impression, elle s'étale et toutes mes tentatives pour la faire disparaître échouent les unes après les autres inlassablement...
Je sais maintenant que je dois me résoudre à l'accepter pour le restant de mes jours. Je sais que je la déteste, mais je dois apprendre à l'aimer, à l'accepter et à trouver comment rendre la cohabitation plus supportable et moins difficile.

 

Au fait, je vous présente ma colocataire : la douleur... qui a décidé de prendre un CDI dans ma vie...

Tous les textes et toutes les photos ne sont pas libres de droit, elles sont ma propriété, merci de me demander l'autorisation pour vous en servir !!

Sourire

 

Henri Cartier-Bresson

"La composition doit être une de nos préoccupations constantes, mais au moment de photographier elle ne peut être qu'intuitive, car nous sommes aux prises avec des instants fugitifs où les rapports sont mouvants."